Voir n’est pas la même chose que regarder. Je m’en suis rendu compte, une fois encore, lors d’une visite au Palazzo Strozzi. De cette expérience est née cette réflexion sur le slow art : prendre son temps devant une œuvre, laisser un moment la hâte de côté et essayer d’observer vraiment.
La curiosité et l’émerveillement ne vont pas de soi lorsque nous entrons dans un musée. Parfois, nous avons l’impression d’avoir déjà tout vu, ou de devoir tout voir. Pourtant, il suffit de rester un peu plus longtemps devant une œuvre pour que quelque chose change.
Voir et regarder ne sont pas la même chose
Quelques jours auparavant, j’étais allée avec une collègue au Palazzo Strozzi pour visiter l’exposition Argent et Beauté. Nous nous étions arrêtées devant plusieurs œuvres, nous avions marché, regardé, été surprises et même ri. Mais nous étions un peu pressées et nous sommes sorties convaincues d’avoir vu tout ce qu’il y avait à voir.
Quelques jours plus tard, je suis retournée voir la même exposition avec des collègues. Cette fois, nous avons été accueillis par la Fondazione Palazzo Strozzi pour une conversation autour des œuvres. Chacun a pris un petit tabouret et nous nous sommes assis autour de quelques tableaux, sans trop penser au temps.
L’expérience a été complètement différente. Regarder ensemble, écouter ce que les autres voyaient et découvrir des détails qui m’avaient échappé auparavant a changé ma perception des œuvres. Chacun de nous est sorti enrichi et, d’une certaine manière, plus léger : pendant deux heures, nos pensées étaient restées à l’extérieur du palais.
Prendre son temps devant une œuvre d’art
Cette expérience m’a fait réfléchir à la façon dont la curiosité et l’émerveillement restent parfois enfermés dans un tiroir. Les choses nous paraissent évidentes, déjà vues, presque épuisées par notre regard avant même que nous les ayons vraiment observées.
Ralentir peut au contraire transformer notre rapport à ce que nous avons devant les yeux. Regarder une couleur, un geste, une lumière, la manière dont une figure occupe l’espace. Nous demander ce qui nous touche et pourquoi. Découvrir que la personne à côté de nous voit quelque chose de complètement différent.
Il n’est pas nécessaire de connaître déjà l’artiste ou l’histoire de l’œuvre pour commencer. La connaissance aide, bien sûr, mais l’attention vient d’abord. Et l’attention a besoin de temps.
Slow art : une pratique simple à emporter avec soi
Pour moi, le slow art commence précisément ici : choisir de ne pas courir. Dans un musée, nous pouvons renoncer à l’idée de devoir voir chaque salle et chaque œuvre, et nous offrir plutôt le luxe d’en regarder vraiment quelques-unes.
Prenez un petit tabouret, s’il y en a un. Ou arrêtez-vous simplement devant une œuvre. Asseyez-vous, regardez et demandez-vous : qu’est-ce que je vois ? Quelle est la première chose qui a attiré mon regard ? Qu’est-ce que je n’avais pas remarqué dans les premières secondes ? Quelle sensation cette œuvre me laisse-t-elle ?
Ce sont des questions simples, mais elles peuvent rendre à l’expérience de l’art quelque chose que la précipitation nous enlève souvent : la possibilité de nous émerveiller.
Une réflexion née au Palazzo Strozzi
Ce texte est né d’une expérience vécue pendant l’exposition Argent et Beauté au Palazzo Strozzi et d’un article que j’avais écrit pour Pensalibero. J’ai souhaité le conserver dans mon Carnet parce que, même après de nombreuses années, cette question me semble toujours actuelle : combien de fois nous accordons-nous réellement le temps de regarder une œuvre d’art ?
Lire l’article original publié sur Pensalibero (en italien).
